lundi 17 mars 2008

Poudres

Je prends le saladier, la balance, les ingrédients.

Il enfonce son bonnet sur sa tête, il prend ses bâtons et descend du télésiège.

Je casse les œufs sur le bord du récipient en séparant les blancs des jaunes, ces derniers vont s'écraser dans le fond.

Il savoure le crissement de ses skis atterrissant sur la neige.

J'ajoute le sucre, le beurre, la cannelle, je monte les blancs en neige.

Il descend la piste à toute vitesse.

Le bruit du mixeur m'emplit les oreilles.

Il entend un grondement sourd au loin, n'y prête pas attention.

J'arrête le mixeur et je verse la farine, préalablement mêlée à la levure, en pluie fine sur la pâte.

L'avalanche s'abat sur lui par surprise.

Je verse le chocolat fondu, qui donne à la pâte sa jolie couleur foncée, et je mêle délicatement les blancs à l'alléchante préparation.

Il est maintenant prisonnier de ce manteau immaculé qui le recouvre complètement.

Je mets le gâteau au four, je veille à ce qu'il ne déborde pas du plat.

Il tente de s'échapper par tous les moyens, il veut crier mais ne peut pas, il essaie de creuser, il prie.

La délicieuse odeur me chatouille les narines.

Il sent ses forces l'abandonner, il suffoque.

C'est cuit, je m'offre un morceau tout chaud.

L'étau glacé se referme sur lui.

Vu(es) d'ici

Chaque matin, je respire un grand coup d'air québécois en posant le pied sur l’escalier. Je me remplis les yeux, les oreilles et le ventre. J’éprouve des sensations nouvelles, je respire des odeurs différentes, je me plonge dans des ambiances surprenantes.

Partout de la neige, de la neige, de la neige : poudreuse et moelleuse, verglacée et craquelée, fondante et mouillante. Les textures et les saveurs se mêlent dans la rue, dans le four et dans mon estomac.

samedi 9 février 2008

Je pars un peu à l'inconnu

Je marche dans des rues nouvelles. J'écoute la neige qui craque ou qui tombe du toit. Je goûte de nouvelles saveurs et je fais des expériences culinaires. Je rentre au hasard dans des boutiques aux noms évocateurs. Je discute avec des inconnus. Je savoure l'accent québecois. J'arpente le vieil appartement en faisant craquer le parquet et en parcourant du doigt les bibliothèques. Je me laisse surprendre. Je suis arrivée, enfin.

vendredi 21 décembre 2007

Sucre glace et citron

Aujourd'hui il fait un temps tarte au citron. Il a neigé - un peu. Il y a du soleil - beaucoup.
Dans le train, je regardais les paysages jaunes et blancs et on aurait dit que quelqu'un éclairait par derrière des feuilles de papier de soie superposées.
En arrivant, j'ai jeté mon sac et récupéré mon appareil photo. J'ai fixé les feuilles givrées, le chemin de fer laiteux, les arbres fantômes. Et j'ai écrit dans la neige avec un bâton "C'est les vacances".

jeudi 13 décembre 2007

Ce qui me fait sourire

Ce soir, dans la rue, j'ai vu une poubelle et son sac transparent clignoter. Avant de remarquer que c'était la voiture garée derrière qui l'éclairait par intermittence.

Hier soir, avec 17 enfants, on a essayé de fabriquer du beurre. Ils ont voulu secouer du lait, mais se sont fatigués au bout de 30 secondes. Alors on a fait des maracas de crème fraîche.

Aujourd'hui dans le bus bondé, il faisait si chaud qu'une passagère s'imaginait pomme de terre dans un four. A chaque arrêt elle râlait en déclarant : "Oh non, encore des pommes de terre !"

jeudi 6 décembre 2007

Cookithérapie

Battre le beurre, concasser les noisettes, râper le chocolat...
Sur le papier sulfurisé, former des petits tas.
Dans la chaleur du four, regarder les gâteaux s'étaler.
Enfin, l'esprit reposé, les dévorer !

jeudi 27 septembre 2007

Rouge orange jaune

Mardi soir, j'ai ramassé les feuilles colorées tombées dans la cour. Je les ai coincées dans une feuille de papier journal, puis j'ai fabriqué un sandwich feuilles-journal-magazine-livre.
Les feuilles étaient jaunes au milieu, orange autour, rouge sur le bord. Une fois leur séance de séchage terminée, dans 2 ou 3 mois, elles seront toutes craquantes et leurs couleurs seront figées.
L'autre jour, c'était des marrons, encore dans leur bogue. J'aime les sentir dans ma poche, les faire rouler entre mes doigts, les cogner l'un contre l'autre.
Le soir, ça sent le feu de bois, la forêt, la chicorée. Ca sent les jours qui raccourcissent et la lumière si belle. Ca sent l'automne.